Management et risques psychosociaux

En premier lieu le manager, s’il ne possède pas une certaine connaissance des mécanismes émotionnels en œuvre qui sont à l’origine des différentes problématiques liées aux risques psychosociaux, sera démuni face à leur diversité.

Nul n’est besoin qu’il soit diplômé de psychologie, auquel cas nous serions devant une impasse.

La définition courante de l’intelligence émotionnelle complétée par Daniel Goleman identifie trois grandes capacités : la connaissance de soi, la régulation émotionnelle, la faculté de comprendre ses propres émotions et celles des autres.

Un manager en étant convenablement pourvu fera donc preuve d’une meilleure acuité. Il sera capable de discerner dans le brouhaha de l’environnement professionnel les petites lampes qui s’éclairent et qui indiquent les foyers d’où peuvent émerger tensions, mal être, peurs ou perte de sens.

Si l’on reprend quelques uns des termes employés à propos des RPS – stress, violences, mal être, relations sociales, conflit de valeur, dépression, burn out, désintérêt, abus de pouvoir, désintérêt, santé mentale – il est aisé d’observer que la composante émotionnelle est présente de façon importante. Bien sûr, il y est aussi question d’ergonomie, de fatigue physique.

Mais l’individu est généralement plus armé pour faire face à une charge de travail qui mobilise son énergie physique qu’aux pressions qu’il juge excessives et qui inexorablement effritent son potentiel de réaction au stress. Au delà des stratégies de l’entreprise c’est bien l’individu qui est le rouage sur lequel il est indispensable d’agir. La fonction technique a souvent été privilégiée, au détriment de la dimension humaine.

Je considérerai donc pertinente toute action visant à :

augmenter la connaissance qu’a le manager de notre fonctionnement émotionnel.

organiser des sessions rassemblant le manager et son équipe « hors les murs » pour permettre des échanges au sein desquels l’individu peut mieux se défaire des habits de sa fonction. Ce qui offre ainsi de meilleures possibilités de voir s’exprimer les raisons masquées des difficultés. Et donc d’identifier des solutions.

à faciliter, au manager l’accès à des activités susceptibles de muscler certaines capacités qui augmenteront sa compétence de médiateur. Il s’agit d’activités destinées à le valoriser (ex : sport), à accroître son charisme (ex : théâtre) ou bien simplement à mieux assumer les pressions (ex : poker éducatif)
lui donner accès à un coaching (ex : sophrologie). En effet si lui- même, par une déficience en régulation émotionnelle, présente un risque, son rôle auprès de ses collaborateurs sera fortement compromis.

mettre à sa disposition un cahier des charges clair, lui permettant d’adapter son management à l’aune de la prévention des RPS.

offrir, sans qu’il perçoive cela comme un remise en question de sa valeur, des conférences, formations ou ateliers présentant des outils et des stratégies de développement des compétences d’intelligence émotionnelles.

fournir aux Managers une grille de lecture claire lui permettant de savoir quels sentiments & émotions il doit s’évertuer à diffuser auprès de ses collaborateurs et quels sont ceux qu’il doit absolument éradiquer sous peine de contagion émotionnelle négative (ce qui débouche à terme sur un climat social dégradé et qui constitue un terrain fortement propice à la prolifération des RPS).

Ces différentes actions concourraient à remettre ainsi en cause la prépondérance des compétences techniques sur les aptitudes émotionnelles dans notre culture du résultat.

Le manager se perçoit souvent comme une femme ou un homme seul, pris entre le marteau et l’enclume. Ce sentiment d´insécurité est délétère il n’est bénéfique ni au fonctionnement de la société, ni au manager et encore moins à la performance.

Un dernier point:
Donner des éléments de compréhension aux membres du CA, Codir & Comex afin que les mécanismes adaptatifs, motivationnels, relationnel, créatifs et émotionnels ne soient plus une abstraction dissociée du résultat mais bel et bien des rouages clés du process de performance.

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20mar