Micro-entreprise / Macro-émotions

Et si l’entreprenariat était avant tout une affaire d’émotions ?
Aujourd’hui nous allons nous intéresser plus particulièrement à l’entrepreneur individuel et aux ressorts qu’il lui faut mettre en œuvre pour mener à bien son projet.
Qu’est ce qui peut bien pousser un individu à s’engager dans cette voie, à persévérer dans celle-ci, renonçant souvent par ailleurs au confort relatif d’une situation déjà établie.


Le sens.

Très souvent, c’est un problème de sens qui pousse le futur entrepreneur à remettre en question sa situation (lorsqu’il est déjà en poste), à s’engager sur le chemin de la création à la sortie des études ou à stopper celles-ci (lorsque les études en question ne revêtent plus de sens au regard des ambitions).
Christophe Haag, dans son livre « la poulpe attitude » relate le parcours de Pierre Kosciusko-Morizet (fondateur de Priceminister.com). On y apprend dans ce témoignage que, bien que possédant une très confortable situation dans une société Américaine, PKM n’y trouva pas la satisfaction requise pour qu’il puisse continuer dans cette voie, quand bien même elle fut privilégiée. Après une période de remise en question, il décida de fonder une Start-Up, laquelle connue par la suite le succès que l’on connait (rachetée depuis par Rakuten pour 200 millions d’Euros).
Le sens découle d’une analyse inconsciente de l’environnement et de l’écosystème dans lequel on évolue. Si votre situation actuelle ne permet pas (ou plus) de satisfaire vos leviers de motivation intrinsèques, alors se pose une crise de sens. Et ces leviers sont différents pour chacun d’entre nous. Pour certains ce sera la soif de reconnaissance, pour d’autres le plaisir éprouvé à exercer telle activité. Ce qui est universel, c’est la manière dont la crise de sens se révèle à nous : stress, anxiété, doutes, perte de motivation, baisse d’énergie, désengagement, repli, voir dépression. Ce qu’il est important de retenir ici, c’est que les signaux annonciateurs de la perte de sens sont des signaux émotionnels. Ceux-ci sont des messages que votre inconscient vous adresse afin de vous signifier qu’il existe (et se creuse) un décalage entre votre écosystème quotidien et vos valeurs profondes.
Alors que faire de ces signaux lorsqu’ils se manifestent ?
Tout d’abord, les prendre en compte. Si une crise de sens ne doit pas obligatoirement déboucher sur une remise en question globale, elle doit néanmoins provoquer des actions visant à réduire le décalage : réorientation professionnelle, formation, développement personnel, changement de service. Mais que se passe-t-il lorsque le décalage ne peut être résolu par ces ajustements ? Doit-on forcement passer par la case Entrepreneuriat ? C’est ici qu’entre en jeu l’intelligence intuitive.

L’intuition.

L’entrepreneur a très souvent l’intuition qu’il devrait s’engager sur la voie de la création. Qu’il soit étudiant, déjà en poste, ou même à la retraite, il ressent viscéralement qu’une solution plus adéquate s’offre à lui, quand bien même celle-ci serait difficile. Quand même celle-ci serait risquée. Cette forme d’intelligence que l’on appelle intuitive est en fait une intelligence inconsciente dont les analyses se traduisent en termes émotionnels. C’est le fameux feeling. On ressent qu’une situation est néfaste pour notre épanouissement (qu’il soit personnel ou professionnel), tout comme on est capable de percevoir (si l’on est suffisamment à l’écoute) les pistes qui pourraient être judicieuses d’emprunter afin de faire grimper notre taux de satisfaction. On peut faire une parabole avec le sourcier qui, pour détecter où se trouvent les nappes phréatiques, va inconsciemment analyser l’environnement dans lequel il se trouve et déduire des centaines d’informations dont il dispose (topographie, végétations, base de données concernant la région, pâturages, présence de sources etc.) des probabilités plus ou moins fortes laissant à penser qu’une présence d’eau est possible, tout du moins envisageable. Il en va de même avec l’Entrepreneur : s’il est assez à l’écoute de son intuition, il pourra accéder à deux informations complémentaires. La première lui signale, par des messages émotionnels plus ou moins négatif, un décalage entre sa condition actuelle et ses valeurs motivationnelles profondes. La seconde lui indique, par des messages émotionnels plus ou moins positifs, les pistes qu’il devrait explorer afin d’atteindre la satisfaction personnelle. Bien entendu, la pertinence de ces pistes dépend étroitement de la qualité des leviers de motivation intrinsèques. En effet, il peut arriver que certaines valeurs que l’on croyait profondes se révèlent être finalement de piètre qualité. C’est le cas par exemple de l’argent qui, s’il peut être pour certaines personnes une véritable fin en soi et contribuer durablement à leur épanouissement, peut aussi être pour d’autres une illusion qui se dépouille de tout son sens une fois atteint… Attention donc à bien identifier la qualité et la pertinence des leviers motivationnels.
Mais une fois tous ces messages identifiés, qu’est ce qui pousse l’Entrepreneur à sortir de sa zone de confort pour aller tenter l’aventure ?

La zone de confort et l’énergie pour en sortir.

La zone de confort est cette bulle dans laquelle nous évoluons tous et qui a tendance à se rétrécir naturellement si on ne met pas l’énergie nécessaire pour en repousser les limites. L’entrepreneur, et à plus forte raison l’entrepreneur individuel, doit apprendre à aller au-delà de cette zone car la majorité des actions qu’il doit mettre en œuvre pour bâtir son projet se trouve justement au-delà de cette frontière virtuelle, mentale et émotionnelle. Prendre son téléphone et démarcher des prospects, convaincre des investisseurs, se rendre seul dans des soirées networking, faire une croix durant plusieurs mois ou années sur le travail d’équipe. Autant d’actions à mener dans la durée qui n’auront pour seul carburant que l’énergie que l’on est capable d’y mettre. Et c’est une des clé de la réussite. On entend souvent que pour réussir, il faut savoir persévérer. C’est exact. Mais la persévérance requiert que l’on puisse l’alimenter et le carburant en question est plus émotionnel que rationnel. Se dire que l’on possède l’envie de monter sa boite est un bon début. Ressentir ce désir de manière physique, s’en imprégner et baigner dans ce flux dynamique est la clé. Les émotions en question sont ici l’enthousiasme, l’optimisme, le plaisir, la joie, la confiance. Autant de ressentis qui viendront alimenter la motivation (se mettre en mouvement) nécessaire à la réussite du projet entrepreneurial. Voilà donc comment l’énergie émotionnelle va fournir à   l’individu le « souffle » qui lui permettra de gonfler cette « bulle de confort » pour ainsi en repousser les limites et faire entrer à l’intérieur de cette zone les nombreuses actions qui jalonneront son parcours. Il est également intéressant à ce stade de se pencher sur la contagion émotionnelle en tant qu’outil de conviction.

Emotion et conviction.

L’entrepreneur qui possède la foi en son projet sera animé par diverses émotions qui seront autant d’outils pour convaincre ses interlocuteurs, partenaires, prospects. L’arme absolue se nomme enthousiasme. Il est ici question de contagion émotionnelle. Lorsqu’une personne ressent et diffuse de l’enthousiasme, cela agit comme si un  courant électrique pouvait passer d’une personne à une autre sans qu’il y ait besoin de câbles. Le mécanisme qui fait office de câblage est un subtil système émotionnel hérité des temps les plus anciens. L’émotion est bel et bien contagieuse. Qu’elle soit connotée négativement (stress, anxiété, colère, tristesse) ou positivement, elle est une énergie (de déficit lorsqu’elle est plutôt négative) ou d’actif (lorsqu’elle est plutôt positive) qui se diffuse d’une personne à une autre et même au sein d’une foule (émotions collectives et phénomènes de masses). Il convient donc de prendre en compte cet aspect contagieux et de s’en servir intelligemment afin de servir ses intérêts. D’où l’importance capitale de la confiance, de l’enthousiasme et de l’optimisme chez l’entrepreneur. La confiance qui émane d’un individu (à condition qu’elle soit un minimum cohérente avec ses capacités réelles) est un formidable message adressé à toutes les personnes qui croiseront son chemin : « je suis capable de mener à bien ce projet et d’assumer les différentes tâches qui le construiront ». La confiance est contagieuse, elle donne littéralement confiance. L’enthousiasme opère de manière similaire : en présence d’un individu enthousiaste, des neurones appelés « neurones miroirs » vont s’activer et adopter la résonnance émotionnelle en question. C’est ce qui fait, entre autre, que le rire est contagieux et que le sourire déclenche le sourire. L’optimisme adresse un message proche de celui de la confiance : l’avenir se présente bien. C’est une anticipation qui brosse un tableau positif du futur, une anticipation émotionnelle qui véhicule le sentiment que tout se passera, au final, très bien.

Conclusion.

L’entrepreneur, et tout particulièrement l’entrepreneur individuel parce qu’il est confronté au challenge de ne pouvoir compter que sur lui-même, est donc un individu qui, nous l’avons vu, doit faire preuve de beaucoup de compétences sur le plan émotionnel. Il doit tout d’abord être assez lucide et posséder l’acuité requise pour être à même de détecter les problèmes de sens (s’il en rencontre) et entrevoir, grâce à son intelligence intuitive, les solutions qu’il peut envisager. Il doit ensuite posséder les ressources énergétiques et émotionnelles nécessaires pour « élastifier » sa zone de confort et en repousser les limites afin de pouvoir agir dans ses intérêts sans être en proie à une inertie paralysante. Enfin, il doit pouvoir compter sur la force de contagion que représente les diverses émotions positives qui l’animent, lesquelles se révèlent être des véritables outils de conviction.

La bonne nouvelle est qu’il est possible, en cas de carence dans une ou l’autre de ces qualités, de développer ces différents atouts. Il faut savoir que cela passe par un training régulier aux outils permettant de générer de la progression en ces domaines. Et comme vous devez déjà le savoir si vous êtes fidèles à ce Blog, il n’y a pas de solution miracle, seulement des techniques de préparation mentale, des exercices correctifs émotionnels et de nombreuses disciplines qui permettent de se hisser par la pratique à des niveaux plus ou moins haut de performance.

Crédit photo: www. sigmamindset.com

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15juil